Le cinéma français est-il face à un tournant décisif ? Dans une tribune publiée le 14 octobre dans Le Monde, plus de 170 réalisateurs et producteurs alertent sur les conséquences potentielles du projet de loi de finances pour 2027. Parmi les signataires figurent plusieurs noms majeurs du septième art, dont Jacques Audiard, Justine Triet, Costa-Gavras, Claire Denis, Michel Hazanavicius, Agnès Jaoui et Julia Ducournau. Leur inquiétude est claire : certaines mesures budgétaires pourraient fragiliser durablement le modèle de financement du cinéma français.
Le chiffre qui résume leurs craintes est particulièrement frappant : 400 films qui pourraient ne pas voir le jour en cinq ans, soit environ 80 productions par an. Selon les signataires, les mesures envisagées entraîneraient une diminution de 750 millions d’euros des investissements dans la création cinématographique entre 2028 et 2032. Il ne s’agit toutefois pas de films déjà annulés, mais d’une projection avancée par les professionnels si les mesures contestées étaient adoptées.
Au cœur du débat figure notamment le projet de doubler la TVA sur les abonnements de télévision payante de Canal+, en la faisant passer de 10 % à 20 %. La chaîne est un acteur majeur du financement du cinéma français. Un accord interprofessionnel signé fin juillet prévoit que toute hausse de cette taxe pourrait remettre en cause ses engagements d’investissement dans les films français et européens. Pour les signataires, les conséquences seraient considérables sur les projets en développement, les financements et la diversité des œuvres produites.

Les professionnels s’inquiètent également de la baisse annoncée de 47 millions d’euros des ressources de France Télévisions en 2027 et d’un projet de prélèvement de 35 millions d’euros sur les ressources du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Ils rappellent que le secteur représente environ 260 000 emplois directs et indirects et contribue à faire vivre de nombreux territoires grâce aux tournages, aux salles et aux entreprises techniques. Une contraction des financements pourrait donc dépasser largement le seul cadre des productions cinématographiques.
Face à ces risques, les signataires réclament une véritable loi consacrée au cinéma, destinée à sécuriser son financement, à préserver les moyens du CNC et de l’audiovisuel public, mais aussi à adapter les règles du secteur aux défis de l’intelligence artificielle et de la chronologie des médias. Le projet de budget 2027 étant encore en discussion, l’issue reste incertaine. Leur message aux parlementaires est néanmoins sans ambiguïté : les choix budgétaires d’aujourd’hui pourraient peser sur le nombre, la diversité et l’indépendance des films français de demain.

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