ATTENTION !!! Cet article contient des spoilers de la série Monstre : L’Histoire de Lizzie Borden
Depuis son arrivée sur Netflix, Monstre : L’Histoire de Lizzie Borden replonge les spectateurs dans l’une des affaires criminelles les plus célèbres de l’Amérique du XIXe siècle. Interprétée par Ella Beatty, Lizzie Borden est présentée comme une jeune femme étouffée par son environnement familial avant de basculer dans la violence. Mais si la série s’appuie sur des événements historiques, elle prend également d’importantes libertés avec la réalité. Netflix reconnaît d’ailleurs lui-même que la Lizzie Borden de la série est une version largement fictionnalisée du personnage historique.

Les meurtres d’Andrew et Abby Borden : un fait réel, mais une culpabilité toujours incertaine
Le 4 août 1892, Andrew Borden et son épouse Abby ont effectivement été retrouvés assassinés à coups de hache dans leur maison de Fall River, dans le Massachusetts. Lizzie, la fille d’Andrew, a été accusée des deux meurtres et arrêtée avant d’être jugée en 1893. Mais contrairement à ce que peut laisser penser la série, Lizzie Borden n’a jamais été reconnue coupable : elle a été acquittée et personne n’a finalement été condamné pour les deux assassinats. Sa culpabilité reste donc historiquement non établie, même si elle demeure la principale suspecte dans l’imaginaire collectif.
La série va cependant plus loin en proposant sa propre explication des meurtres. Elle présente Lizzie et la domestique Bridget « Maggie » Sullivan, incarnée par Vicky Krieps, comme deux femmes victimes de la violence et de la domination de leur entourage, qui finissent par se retourner contre les Borden. Cette version constitue essentiellement une interprétation dramatique : aucune preuve historique ne permet d'affirmer que Bridget et Lizzie ont préparé ou commis ensemble les meurtres. Au contraire, Bridget disposait d'un alibi concernant une partie de la matinée des assassinats.

Lizzie et Bridget : une relation largement inventée
C’est probablement l’une des plus grandes libertés prises par la série. Monstre : Lizzie Borden développe une relation amoureuse entre Lizzie et Bridget Sullivan, qui devient également sa complice dans les crimes. Cette romance s’appuie sur des spéculations et sur des œuvres de fiction antérieures consacrées à l’affaire, mais aucune preuve historique ne permet d’établir qu’elles ont entretenu une relation amoureuse. Les deux femmes n’étaient d’ailleurs pas particulièrement proches : Lizzie appelait même régulièrement la domestique par le prénom « Maggie », alors que son véritable prénom était Bridget.
La série transforme également certains éléments en preuves beaucoup plus importantes qu'ils ne l'étaient réellement. L'achat de prussiate d'hydrogène, un poison, est notamment réinterprété comme une tentative de meurtre de Lizzie contre ses parents. Dans la réalité, Lizzie avait bien cherché à se procurer une substance toxique dans une pharmacie peu avant les meurtres, mais les circonstances et son intention exacte restent beaucoup plus complexes que ce que suggère la fiction. De même, l'histoire de la robe ensanglantée brûlée par Lizzie s'appuie sur des éléments du dossier, mais la série les présente avec davantage de certitude.

Nance O’Neil, Aileen Wuornos et les autres libertés de la série
La série mélange également plusieurs périodes et plusieurs figures historiques. Nance O’Neil, l'actrice incarnée par Jessica Barden, a réellement été une amie de Lizzie Borden. Mais contrairement à ce que montre la série, leur relation ne commence pas avant le procès : leur amitié débute en réalité en 1904, soit plus de dix ans après l'acquittement de Lizzie. Ce n'est donc pas Nance qui lui aurait appris à se comporter devant le jury. Lizzie avait bien travaillé son image de femme fragile durant son procès, mais cela relevait notamment de la stratégie de ses avocats.
Autre liberté spectaculaire : la présence d’Aileen Wuornos, incarnée par Sarah Paulson, et d’Elizabeth Báthory. Ces rapprochements servent à développer le thème de la « rage féminine » et à établir une sorte de fil rouge entre différentes figures féminines criminelles. Mais il n’existe aucune connexion historique connue entre Lizzie Borden et Aileen Wuornos, tandis que les liens avec Báthory appartiennent eux aussi au dispositif symbolique imaginé par les créateurs. La série cherche ainsi moins à reconstituer fidèlement l'affaire qu'à créer une réflexion sur la violence, la condition féminine et la manière dont la société transforme certaines criminelles en mythes.

Au final, Monstre : Lizzie Borden doit donc être regardée comme une réinterprétation dramatique d'une affaire réelle, et non comme un documentaire. Les meurtres, le procès, l'acquittement de Lizzie et plusieurs personnages sont historiques, mais les motivations attribuées à Lizzie, sa relation avec Bridget, certaines tentatives de meurtre et les connexions avec d'autres criminelles sont largement romancées. Plus d'un siècle après les faits, le mystère entourant la culpabilité de Lizzie Borden demeure justement ce qui continue de nourrir les nombreuses adaptations de cette affaire.


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